Dans les dizaines de romans de La comédie humaine de Balzac, il est question de musique partout et surtout d’opéra : les femmes du monde, les avocats, les grisettes et les aristocrates y passent leurs soirées, miment les attitudes, vivent les passions, envient la notoriété des artistes de la scène lyrique.
Je suis frappée par le parallèle assez évident entre l’opéra à Paris dans les années 1830 et 1840 et le monde du cinéma populaire d’aujourd’hui, où les expressions et les attitudes des personnages de cinéma se retrouvent rapidement dans la vie de tous les jours.
Balzac était un remarquable observateur du monde. Ses personnages sont décrits avec une telle précision et une telle abondance de détails qu’ils prennent vie sur la page. On a presque l’impression d’être au théâtre. Dans les années 1940, une douzaine des romans de La comédie humaine ont été portés à l’écran en France et ont connu un succès mitigé, malgré la présence d’excellents acteurs : Les chouans, La fausse maîtresse (Danielle Darieu), La rabouilleuse (Madeleine Robinson et Jean-Claude Pascal), Vautrin (Michel Simon), La duchesse de Langeais, Le père Goriot.
Seuls La fille aux yeux d’or avec Marie Laforêt en 1961 et Le colonel Chabert avec Gérard Depardieu en 1994 ont atteint un plus vaste public. Curieusement, les compositeurs ont été peu inspirés par Balzac, alors que Walter Scott et même Victor Hugo ont inspiré davantage. Je n’ai trouvé que trois opéras (et si vous en connaissez d’autres, j’aimerais bien que vous m’écriviez un mot) : La peau de chagrin, comédie lyrique en quatre actes de Charles Livardi sur un livret de Pierre Decourcelle et Michel Carré (1910), L’apostrophe de Jean Français (1951 et reprise en 1953) et Gambara d’Antoine Duhamel.
La surprise aujourd’hui, c’est Oberts Chabert d’Hermann Wolfgang von Waltershausen, écrit en 1906. Le chef d’orchestre Jacques Lacombe m’a fait découvrir cet opéra magnifique qu’il a enregistré récemment avec l’orchestre du Deutsche Oper de Berlin. Je ne vous en dis pas plus ici : la suite à l’émission L’opéra comme un roman du dimanche 8 juillet. En attendant, voici des suggestions de lecture :
Éditions québécoise :
Le colonel Chabert , Saint-Laurent, ERPI, 2009. Texte intégral présenté par Jean-François Chénier.
Le colonel Chabert , Montréal, Beauchemin, 2008. Texte intégral et étude de l’œuvre par Sylvie Demers.
Éditions françaises :
Éditions Le Livre de Poche (Classiques), publié en 2006.
Éditions GF-Flammarion, publié en 1999.
Éditions Calmann-Lévy, publié en 1921.